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- Des rumeurs insistantes situaient auparavant le background COPS
en Russie. C'est vrai ?
En vague héritier de Berlin, nous avions prévu de situer COPS
en Europe. Moscou s'est rapidement imposé comme premier choix (c'est
plus glamour que Bucarest ou Varsovie). Avec ce choix, nous avons dérivé
vers une vision moins "flics" du jeu pour arriver un truc un peu
décalé, avec des tziganes se déplaçant en dirigeable
et des androides mutants rescapés du KGB. Rideau. Beaucoup trop froid,
et surtout, manquant cruellement de référent pour le public
français. - Pourquoi avoir fait le choix d'une Californie
dont tout le monde est abreuvé à travers les série
TV et le cinéma ? Ce n'est pas un peu brader l'originalité
pour la facilité ?
Justement parce que le monde en est abreuvé de culture US, tout le
monde sait de quoi on parle. Los Angeles, la Californie, c'est l'extrémité
du rêve Américain, le bout du Far West. Après, il n'y
a plus rien, juste les eaux noires du Pacifique. On trouve tout à
Los Angeles. La démesure, le mythe, la violence urbaine extrême,
les inégalités criantes, la folie des Américains. Tous
les ingrédients nécessaires pour que les joueurs ne s'ennuient
pas au bout de dix minutes parce qu'ils ne savent pas où ils sont.
- Et finalement, Pourquoi l'Amérique
et pas, bon d'accord pas Berlin, mais Marseille, Tokyo, Johannesburg
?
A Marseille, il y a l'OM. Ca, on ne touche pas, c'est sacré. Tokyo,
Johannesburg, Sao Paulo, Sidney, ce sont des villes intéressantes,
mais pour lesquelles nous avons trop peu de référents.
Los Angeles concentre un maximum d'éléments utilisables,
à condition de se documenter et de trouver des sources. Et elles
sont innombrables. Et puis surtout, à y regarder de près,
c'est une ville fascinante, une véritable mine d'or pour un jeu
de rôle.
Le traitement de la ville est d'ailleurs l'une des différences
principales entre COPS et LA2035.
Les auteurs de LA2035
ont très peu exploité LA (ils l'ont même rasée
pour reconstruire du neuf). Pour COPS, nous avons fouillé partout
pour trouver des éléments utilisables, et nous avons exploité,
voire grossi le trait, sur des éléments aussi remarquables
qu'uniques. Aucun autre endroit au monde ne propose des lieux aussi extrêmes
que South Central et Beverly Hills, séparés par seulement
quelques kilomètres. À côté, Neuilly et La
Courneuve sont une aimable plaisanterie... - En 2030,
qu'y aura-t-il de neuf à LA à part des criminels encore
plus vicieux et des fous encore plus déments, dans le style "futur
baroque" du Monde des Ténèbres ?
Si les trois mots "Monde des Ténèbres" sont encore
une seule fois prononcé, j'arrête l'interview. |
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- Doit-on s'attendre à une thématique carrément
Cyberpunk ou plutôt de l'Anticipation ?
Nous avons essayé d'imaginer un futur plausible. L'aspect fondamental
du jeu, c'est sa focale sur la vie et le métier de flic. Tout le
reste n'est là que pour donner un peu de rêve et de dépaysement,
et faciliter les situations de jeu intéressantes. Nous avons limité
l'apport du cyberpunk ou d'élément trop "science-fiction"
afin qu'ils ne fassent pas passer l'élément moteur du jeu
au second plan. Le matériel cyber, c'est cher, ça marche pas
bien, c'est lourd et peu fiable et surtout, les flics n'en ont pas en dotation.
Et puis comme ça ne sert pas à grand chose pour une enquête
de voisinage ou la sécurisation d'une zone de crime, les flics n'en
utilisent pas. - Pourquoi les Etats Unis se débarrasseraient
de leur état le plus riche? Non honnêtement vous y croyez,
vous, à la suprématie de la morale sur le pognon?
L'indépendance de la Californie n'est pas un gadget imaginé
pour densifier le background. C'est l'une des bases du jeu. Les joueurs
vont lutter pour le développement d'un état riche de promesses,
favorisant au plus haut point la liberté et les droits de l'homme.
Ils vont avoir un idéal. Là où l'Europa de Berlin était
un état en voie de décomposition, la République de
Californie est une espérance, un havre de paix que les joueurs devront
protéger.
Dans COPS, rien n'est inéluctable, rien n'est perdu, et le futur
sera à ceux qui voudront bien le prendre. D'autre part, la Californie
a déjà été indépendante, au XVIIIe siècle,
pendant quelques jours, et il existe encore aujourd'hui des groupuscules
indépendantistes. - 30 ans dans le futur, ça
n'est pas grand chose, mais technologiquement on est en droit de s'attendre
à des progrès ahurissants pour les prochaines décennies,
communications et manipulations génétiques sont les deux premiers
exemples de domaines à innovations rapides qui me viennent à
l'esprit. Hors, la naïveté technologique a toujours été
un symptôme récurrent des jeux cyberpunks. Quelles ont été
vos sources scientifiques ?
Le gros problème dans un jeu futuriste c'est effectivement la technologie.
Ce problème existe d'ailleurs aussi pour les écrivains ou
les cinéastes. N'étant pas scientifiques de formation, nous
nous sommes documentés afin d'imaginer quels pourraient être
les développements les plus probables dans les trente prochaines
années. Encore que cet exercice soit hautement périlleux.
Certains domaines avancent vite, plus vite que les prévisions des
"experts", c'est le cas de l'informatique, tandis que d'autres
restent assez prévisibles (on vole toujours dans des 747 datant de
1970, et la Kalashnikov a plus de 50 ans).
Le challenge était donc d'anticiper sur certaines technologies qui
balbutient maintenant (rallongement de la vie, clonage, fusion nucléaire,
braintaping, intelligence artificielle, nouveaux matériaux, débuts
de la nanotechnologie, ébauche de colonisation martienne, ordinateurs
quantiques, etc...) sans pour autant envahir le jeu de gadgets qui en modifieraient
radicalement la teneur et l'esprit. Donc, pas de voitures volantes, de prises
jack pour les flingues ou les automobiles, etc. - Quelles
sont vos limites? Est ce que la technologie de COPS sera réaliste
et probable ? Fantaisiste et rigolote ? Hyper avancée ?
On a essayé de la rendre probable et réaliste. Exercice difficile
et pour lequel nous demanderons de l'indulgence. Après tout, même
Spielberg a eu du mal. Dans Minority Report, même si les ordinateurs
et les voitures sont très futuristes, Tom Cruise se sert d'un flingue
qui ressemble beaucoup à un Beretta, et son frigo n'a rien de délirant,
quand à son projecteur holographique, il est moins avancé
que ceux que l'on trouvera dans COPS. Tout cela est affaire de dosage et
d'anticipation, et c'est l'une des raison pour laquelle nous n'avons pas
avancé l'époque du jeu trop loin dans le temps.
- Pourquoi axer le jeu sur les policiers ? Est-ce inintéressant
de jouer un gangster, un journaliste ou un artiste du Montana perdu dans
les rues de LA ?
Non. L'idée de base, c'est de jouer des flics. Proposer aux joueurs
de lutter pour la loi avec comme à la fois comme allié et
comme adversaire une sorte de créature extrême : une ville
tentaculaire, ultra-violente et parfois démente. Proposer autre chose,
c'est quitter le postulat de départ du jeu. Nous ne nous sommes jamais
intéressés à cela. - Il y a quelques
années, la police de LA a été extrêmement critiquée
pour ses méthodes et, en gros, était accusée de se
conduire comme ceux qu'elle recherchait. Dans Berlin XVIII, les joueurs
étaient censés appliquer à la lettre la procédure...
Alors, est-ce que ce sera ça "notre gang contre votre gang" ?
La République de Californie est un état jeune, très
attaché aux valeurs de démocratie et de respect des droits
de l'homme. Depuis son indépendance, elle a tenté de calmer
sa police et de valoriser la liberté individuelle. Malheureusement,
les flics corrompus, racistes, violents, existent partout, mais il n'y a
pas d'instructions officielles (ou officieuses d'ailleurs).
Le jeu n'encouragera jamais les joueurs à jouer de petits nazillons
tortionnaires, cela va à l'encontre des principes des gens qui l'ont
écrit. Il s'agira de préserver l'État de droit, en
respectant la loi. Bien sûr, et c'est l'un des intérêts
du jeu, les MJ pourront confronter les joueurs à des dilemmes moraux
et à la corruption de leurs collègues. -
On pourra jouer des flics en VTT comme dans la série avec la fille
qui est trop trop bien à la télé?
Non, les COPS ont des voitures de patrouille et ce ne sont pas des zozos.
Mais d'autres flics du LAPD sont à cheval, à roller, en vélo,
ou en moto (vous vous souvenez de CHIPS, j'espère). Par contre, on
pourra aller sauver de fort jolies filles. Parce que Malibu Beach, là
où évolue David Hasselohf et toute sa bande de bimbos en maillot
rouge, c'est tout à côté. |
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